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Rehearsal

Installation vidéo 4K verticale à trois canaux, cylindres de tissu noir, données de mouvement facial, écran vertical de visualisation de données, 15'26'' (en boucle), dimensions variables

Lors d’un vrai casting, 23 actrices répondent aux mêmes questions ; leurs données faciales animent un visage qui n’existe pas et qu’une autre actrice rejoue ensuite.

Le casting est réel : je choisissais des actrices pour un film que je prépare. Vingt-trois actrices se sont assises tour à tour à la table, et un producteur jouant le rôle du réalisateur a posé à chacune les mêmes questions, dans le même ordre. Un vrai entretien, un bout d’essai : peut-être les actrices elles-mêmes ne savaient-elles plus où commençait le jeu. Le rôle le plus difficile est peut-être de jouer son propre rôle.

Si une machine peut extraire des données d’un visage humain, animer une image et jouer le réel, que peut-on extraire, à son tour, d’une représentation que la machine a déjà traduite ? Deux cylindres de tissu noir se dressent dans la salle, chacun abritant un mur d’écrans vertical. Dans le premier, un humain virtuel joue l’actrice qui passe l’entretien. Il porte un maquillage complet, celui des premiers essais de télévision de la fin des années 1930, qui lui donne un air un peu étrange ; les erreurs de données laissent sur son visage un léger tressaillement reconnaissable. Tantôt calme, tantôt ému, il répond parfois à la même question d’une manière tout autre. De vraies actrices l’animent, mais les visages du casting restent, par construction, invisibles. Dans le second cylindre apparaît le visage de l’actrice Jin Jing, réel et émouvant : même position de caméra, même lumière, des émotions enchaînées sans heurt, sans erreur, sans anomalie de données.

Les deux vidéos sont presque parfaitement synchronisées, et l’on ne peut entrer que dans un cylindre à la fois ; toute comparaison doit passer par la mémoire. D’un écran à l’autre, le récit continue, mais la comparaison ne s’accomplit jamais : cette expérience physique est le matériau de « répétition » le plus important du projet. Le regard du public finit par devenir complice de la répétition. Hors des cylindres, un écran vertical de données affiche sans cesse les écarts que le système relève entre les deux flux de mouvement facial, et jamais un visage photographié. Les données faciales gardent le mouvement, une actrice peut redire les mots ; ce que celle qui a parlé la première a vécu intérieurement, ni les données ni l’actrice ne permettent de le vérifier. L’œuvre fait écho au titre du programme Rehearsal du Taikang Art Museum et s’appelle simplement Rehearsal. Un nom, lui aussi, se rejoue. Une répétition n’est jamais la représentation ; rejouer signifie que ce n’est jamais la première fois.

Notes de processus

J’ai organisé ce casting à Pékin fin août 2026, et j’ai écrit pour l’occasion une série de questions, sur la vue, sur la mémoire, sur ce qu’on ne voit pas. « Faites un petit sourire. … Revenez au calme. … Maintenant, un sourire un peu plus grand que le précédent. » La phrase a été dite 23 fois, et la caméra a saisi 46 sourires différents. « Parmi tous les projets auxquels vous avez participé, qu’est-ce qui a été le plus difficile ? » C’était la deuxième question de la série ; elle aussi a été posée 23 fois, et trois actrices se sont mises à pleurer à ce moment-là. Ces émotions ont été enregistrées, agencées, montées, puis transmises à un visage virtuel en 3D : ensemble, les actrices ont joué un personnage qui n’existe pas. Le 23 septembre 2026, à Shenzhen, Jin Jing, une actrice qui n’était pas passée par le casting, a pris la performance de l’humain virtuel pour modèle et l’a rejouée. L’actrice réelle transmet une émotion plus vraie. Vraiment ? Et si sa référence était le virtuel lui-même ?

Expositions

  • 2026, Rehearsal #11 : Liu Guangli, Taikang Art Museum, commissariat de Xin Yunpeng, Pékin, Chine (CN)

Liens / références